Walter Pichler ou le précurseur de l’habitat futuriste

Dans les années 60, un collectif de jeunes architectes visionnaires crée le mouvement avant-gardiste Archigram en Grande-Bretagne.
Influencé par les utopies urbaines des premières décennies du XXe siècle, ce mouvement aux idéaux utopistes cherche à renouveler l’architecture ainsi que l’urbanisme. L’intérêt porté à la mégastructure donne lieu, entre 1962 et 1969, à divers projets tels que Plug-in City, une structure qui porte et transporte les biens de consommation, ou encore Computor City une métropole synthétique à caractère électronique.

Au fil de leurs recherches, les architectes vont progressivement s’intéresser aux nécessités des individus dans la ville et imaginer des sortes de ‘cosses habitables’ auto-suffisantes telles que Living Pod, délaissant ainsi la mégastructure complexe.
D’une certaine façon le projet d’architecture va se concentrer sur le corps humain, sur la tête et plus spécifiquement sur les sens, ceux-ci prenant de plus en plus d’importance.

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                                                                 Plug-in City, Peter Cook, Archigram, 1964

 

Durant les années 60, Walter Pichler explore les liens entre l’espace architectural et les objets sculpturaux, questionnant la frontière entre ceux-ci en créant des objets à vocations utopique et futuriste.
Né en 1936, il s’agit d’un artiste autrichien conceptuel qui a très tôt sondé l’espace au-delà des murs ainsi que la structure des villes. Il commence par travailler différents projets architecturaux au début des années 1960 où il aborde des questions formelles plastiques et symétriques. Sa démarche alors se veut conceptuelle et anti-rationaliste et sa collaboration avec certains architectes autrichien débouche sur un avant-gardisme autrichien.

Un voyage aux Etats-Unis l’amène cependant à des propositions urbanistiques et surtout architecturales radicales. L’artiste commence alors à voir l’espace architectural comme un lieu régi par une sorte de protocole dans lequel l’homme est asservi par les objets quotidiens.
La série de sculptures architecturales The Prototypes, série qui explore le chevauchement entre architecture et design artistique, développe cette idée. Plus que simple exploration, cette série questionne l’habitat au-delà de la traditionnelle unité d’habitation composée de 4 murs à laquelle nous sommes habitués ; elle induit une réflexion quant au devenir de l’habitat et à notre perception de celui-ci.

Dans un premier temps The Prototypes, bulles vivantes plastiques, cherchent à répondre aux questions du devenir de la vie individualisée et se veut également une critique de l’omniprésence grandissante de la télévision et de la technologie qui isolent les individus du monde qui les entoure plutôt que de leur permettre de l’appréhender.

 

tv-helmet1.jpg           small-room-prototype   TV Helmet, Portable Living Room             Small Room, Prototype no.4, 1967

 

Le TV Helmet, Portable Living Room en est un bon exemple. Il s’agit moins d’un véritable salon portatif que d’une simulation de salon mettant le spectateur face à un surplus d’informations, isolant partiellement le spectateur de l’environnement extérieur. Dès lors, si un casque peut-être un salon portable, cela signifie que la télévision est la seule partie importante de la maison. On est en mesure d’imaginer les conséquences d’une telle mise en évidence pour chaque pièce de la maison conventionnelle.

Walter Pichler a ainsi travaillé sur d’autres simulateurs tels que la Small Room ou encore l’Intensivbox (1967). Si la Small Room à l’instar du casque simulateur de salon doit être portée, l’Intensivbox au contraire concerne un objet sphérique à taille humaine, une sorte de chambre dans laquelle on introduit le sujet et où il est totalement isolé du monde extérieur.

 

pichler_intensivbox-1967.jpg            walter-pichler-casque-piece-tv-05

                                                                                  Intensivbox, dessins, 1967

 

Si les médias permettent de s’échapper un peu de l’ordinaire, les simulateurs de Pichler renforcent cette capacité à outrance et l’on est alors en mesure de se questionner sur le retrait de l’individu. Aujourd’hui, à l’heure où les médias et les réseaux prennent de plus en plus de place dans la vie des individus et altèrent progressivement la perception de la réalité par ceux-ci, comment cela peut-il influer sur nos façons de vivre et d’appréhender l’espace ?

L’architecture a toujours eu pour vocation de permettre le rassemblement et le vivre-ensemble mais ici le travail de Pichler révèle une forme de ‘psycho-architecture’, une architecture passant essentiellement par la tête et l’individualisation des sujets.
Cette forme d’architecture prend forme à une époque où le développement technologique autorise un contrôle de l’environnement depuis l’intérieur même de l’individu, en soustrayant ce dernier aux lieux physiques.

En troublant le cerveau, la perception, les sensations et l’humeur même du sujet s’en voient modifiées allant jusqu’à la modification du comportement ou de la psychologie.
En 1968, Hans Hollein, architecte post-moderniste viennois et collègue de Pichler disait d’ailleurs dans une revue autrichienne BAU que l’architecture influence l’état psychologique et corporel et que de fait, l’homme serait en mesure de se créer des conditions de vie fabriquées.

Une théorie validée par Dominique Rouillard, auteure de Superarchitecture dans lequel elle en vient à parler d’architecture radicale voire absolue en prenant l’Architekturpille de Hans Hollein, une pilule psychotrope agissant directement sur le cerveau du sujet et altérant sa perception de l’espace et de la réalité, lui créant mentalement ce dont il a besoin.

Si le futur de l’habitat se résume à des cellules portatives ou à des ‘pilules architecturales’ nous profitant mentalement le confort et l’espace dont nous avons besoin, qu’en sera-t-il alors de l’espace domestique et de la vie communautaire en tant que tels ?

 

Sources :

–  CONRADS, Ulrich, Programmes et manifestes de l’architecture du XXe siècle, Editions de la Villette, 2017

–  ROUILLARD, Dominique, Superarchitecture – Le futur de l’architecture 1950-1970, Editions de la Villette, 2004

–  http://www.frac-centre.fr

–  https://artselectronic.wordpress.com

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