ZEITGUISED et le rêve spatial

ZEITGUISED, contraction entre le mot allemand ‘zeit’ signifiant « temps » et ‘guised’ de l’anglais signifiant « déguisé », est ainsi le nom d’un studio d’art et de design multidisciplinaire basé à Berlin fondé en 2001 par deux artistes-plasticiens Jamie Raap et Henrik Mauler.
Primé, ce studio se plait à produire de séduisantes réalités, à la lisière entre l’art et le design, à la frontière de l’espace numérique et de l’espace physique. Ce collectif d’artiste-concepteurs influence ainsi depuis les années 2000 la production d’images artificielles avec une approche à la fois formelle et conceptuelle, fluctuant entre lyrisme et stimulus cérébraux.

Leurs travaux et recherches sont portés par des récits relevant du fantasque, tissant des liens entre forme, couleur et comportement. Des objets en apparence inertes prennent alors vie à travers un mélange « d’animisme numérique ».
Au début de 2001, ce studio a ainsi débuté avec un projet englobant impression VR (‘Virtual Reality’) et de 3D, élaborant une série de projets indépendants exceptionnels et des collaborations d’artistes dans la lignée des objets numériques physiques.

Quelques années plus tard, ils poussent la programmation 3D en boostant les aléas créés par les logiciels informatiques de conception ; le collectif d’artistes se met alors à explorer du côté de l’architecture et se mettent à développer une série Concrete Misplots (littéralement « erreurs de béton »). Cette série, basée sur des formes de logements emblématiques, se compose de plusieurs bâtiments conçus tels des prototypes dans le cadre d’une personnalisation massive.

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Concrete Misplots, ZEITGUISED, 2010

 

La fabrication informatisée n’étant pas parfaite, des erreurs ou « bugs » font surface : des erreurs de tracés, une cartouche qui n’est pas chargée correctement, des paramètres utilisés pour le béton qui ne sont pas réglés correctement ou à une mauvaise échelle, une imprimante qui traduit incorrectement un ensemble de données,…

Tout cela provoque un ensemble de constructions toutes plus singulières les unes que les autres, fascinantes dans leurs formes et leur mouvement mais aussi interrogatives quant à l’acte architectural.
Ces visualisations des architectures futures, utilisant l’accident dans les mécanismes de conception pilotés par ordinateur comme unité de logement, intriguent les architectes et les éditions architecturales.

En 2010, cette série est ainsi présentée dans la section visionnaire ‘Raumtraum’ (littéralement « rêve spatial » en allemand) de la revue d’architecture et de planification suisse Hochparterre. Cette section spéciale, effective des années 2008 à 2011 dans le magazine, présente les meilleures contributions de publication et de conception architecturales.

« Créer un espace qui n’existe pas dans la réalité » était la maxime conductrice des concepteurs de rendus, des visionnaires et graphistes qui ont contribué pendant 3 ans à l’élaboration d’une allégorie pour la rubrique.

Ainsi si ZEITGUISED dépeint ses blocs Concrete Misplots comme une résultante aléatoire d’un incident informatique de l’architecture du futur, il n’y a au final rien de réellement hasardeux dans la forme architecturale en elle-même.

 

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                                   Concrete Misplots, prototypes, ZEITGUISED, 2010

En effet cette série a demandé énormément de travail au collectif, qui a testé sans relâche les limites des logiciels pilotes et concepteurs.
A l’heure où nous nous employons à utiliser le béton comme porteur d’un projet ou simplement comme enveloppe constructive, ZEITGUISED propose des constructions architecturales à la limite de la « conception béton », soit le maniement de celui-ci devient un projet, un acte architectural en soi.

Aussi, dans une réalité actuelle où tout est de plus en plus assisté – voire piloté – par ordinateur, mécanisé, informatisé et rationalisé, on est en droit de se demander où s’arrête l’acte architectural et concepteur de l’homme et où débute celui de la machine ? Dans un futur où l’acte architectural sera possiblement informatisé, une architecture déterminée et pilotée par des machines dîtes « autonomes » pourra-t-on en dire qu’elle est architecture bien que non produite par l’Homme ? Car celle-ci est l’art de concevoir et de bâtir les édifices or l’art est pourtant bien un moyen expressif des êtres humains en quête d’un idéal esthétique…

 

 

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