Ré-habiter les espaces de tous les jours

Le cas de l’école d’architecture de Versailles

Un collectif de quelques élèves de l’ENSA de Versailles « le Bronx et ses copains »  au travers de leurs études d’architecture mais aussi et surtout de la vie quotidienne, tente de trouver des réponses spatiales et architecturales aux petits tracas de la vie de tous les jours.

l’entrée du Bronx

Le Bronx est un des coins de l’atelier 14, c’est un laboratoire d’architecture, d’art et de société. Il est composé de membres allant de la première année à la dernière année d’études. Il évolue au fil des années puisque à chaque session de PFE de nouveaux aspirants architectes y entrent tandis que les diplômés en sortent. Ainsi, il n’est jamais le même et sa pensée évolue. Il possède son propre espace fixe, presque inchangé depuis sa création – qui remonte à la création même de l’école et des ateliers – mais par contre, son aménagement intérieur change régulièrement : chaque promotion le modifie à sa guise, de manière à pouvoir pratiquer l’espace à sa convenance. 

Aujourd’hui le Bronx est invisible, il ne possède que deux entrées vers le reste de l’atelier, l’une est fermée par un rideau tandis que la deuxième possède une porte coulissante. De cette  manière le Bronx peut s’ouvrir ou se refermer suivant les activités qui se déroulent à l’intérieur. Cet espace possède une mezzanine, lieu de travail idéal sur l’ordinateur. Il surplombe un espace deux fois plus grand plutôt utilisé pour la réalisation de maquettes. Sous la mezzanine, c’est le coin de détente. Trois banquettes – créées in situ – viennent cercler une table. Au mur, un « autel », où sont disposées des « reliques » et des casiers qui viennent refermer l’espace de circulation de l’atelier. La plupart des lumières sont fortes et blanches de manière à pouvoir travailler efficacement, car le Bronx est avant tout un espace de travail, mais dans le coin repos, les différentes lampes ont été recouvertes de scotch rose afin de signifier, par le changement de lumière, le changement de fonctionnalité. 

l’autel du Bronx

L’intervention dont je veux vous parler ici n’a pas été faite à l’intérieur du Bronx mais dans un endroit partagé : la cour de l’atelier 14. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un lieu public puisque nous sommes dans l’enceinte d’une école, pour autant cette cour est ouverte au public et partagée entre enseignants, membres de l’administration, étudiants, personnels de l’école ou même extérieurs. Cette cour est une des plus agréable pour prendre une pause, en effet, elle est garnie de mobilier urbain créé par ADN+ – un laboratoire de recherche et d’expérimentation par la manipulation directe de la matière – ainsi que d’une toiture dessinée et montée à l’occasion d’un P45. De nombreuses associations de l’école donnent directement sur cette cour, malheureusement souvent sale et jonchée de détritus. Nombreux sont ceux qui, lorsque l’envie leur prend, viennent ici fumer leur cigarette. Le problème c’est que nombreux aussi sont ceux qui jettent leur mégot – parfois même, laissent leur repas entier ! – dans cette cour pourtant si agréable.  Il faut dire qu’il n’y a pas de véritables poubelles dans cette cour, sauf une à l’intérieur du local d’ADN+ et deux cendriers devant une des portes qui donne sur cette cour. Mais ce ne sont pas les espaces dans lesquels les gens vivent, mangent ou fument : pour cela ils ne se mettent pas devant la porte ou dans l’atelier de bois, ils vont s’asseoir sur les bancs ou bien s’abriter sous la toiture. 

Partant de ce constat « le Bronx et ses copains » ont décidé d’intervenir et d’agir sur leur environnement ! Lassés de voir le sol parsemé de cigarettes, le premier pas fût de déplacer un des cendriers au milieu des différents éléments du mobilier urbain. Ainsi, plus besoin de se déplacer pour jeter sa cigarette. Nous pensions que l’effet serait immédiat : pas du tout. Peut-être parce que ce cendrier de pierre, haut et robuste était d’une couleur proche du mobilier autour ? Peut-être aussi parce que le mur derrière lui était du même matériau ? Peu visible, on l’oubliait et il ne remplissait pas sa mission : les cigarettes continuaient d’être jetées sur le sol à  quelques centimètres seulement. La deuxième étape de cette importante modification de l’environnement fût donc de rendre visible ce cendrier. Le rose a été choisi à l’unanimité des votants présents, pour la simple et bonne raison que le rose est rose. Les peintres choisirent de ne peindre que l’extérieur du cendrier ainsi que deux flèches sur sa tête, indiquant le récipient à mégots : une signalétique simple et efficace, guidant pas à pas l’usager du lieu. 

Versailles, France – le Bronx et ses copains – 2018 
Versailles, France – le Bronx et ses copains – 2018 

Alors que le seul déplacement du cendrier n’avait pas suffi à modifier le comportement des usagers et à réduire le nombre de cigarettes par terre, la seconde intervention a permis de réduire drastiquement les déchets autour de la zone concernée ! Grande leçon d’architecture : avec  une signalétique judicieusement couplée à l’équipement adhoc, on peut faire atterrir les mégots dans un cendrier ! Il existe donc des réponses simples qui peuvent induire l’utilisateur à avoir un comportement écologiquement responsable. A vrai dire, d’autres y avaient pensé avant nous : c’est le principe des couleurs des poubelles destinées au tri des déchets recyclables ou non. 

Foin de l’humour : il est tout de même étonnant que dans une école d’architecture, lieu où l’on devrait réfléchir ensemble aux moyens de construire un monde répondant aux enjeux auxquels nous sommes confrontés, nous soyons incapables d’aborder des problèmes aussi primaires que le fait de jeter ses déchets. Nous parlons du futur avec de grands mots autant par nos projets que par nos actions, mais nous avons du mal à nous impliquer nous-mêmes. L’utilisateur est en cause mais les institutions aussi ; en aidant, en indiquant et en expliquant, elles pourraient réduire drastiquement notre empreinte écologique. Dans cette cour, ce sont de simples citoyens de l’école – mais aussi du monde – qui ont agi ; « le Bronx et ses copains » fatigués de voir leur cour si sale ont pris des décisions afin d’avoir un impact. Tout le monde prend tous les jours des décisions concernant tout le monde et chacun peut donc agir sur son environnement proche afin d’améliorer la situation actuelle. Il est du devoir des institutions et des acteurs des différentes échelles d’agir, d’indiquer et d’aider aux mieux les différents utilisateurs afin qu’eux-aussi puissent prendre les bonnes décisions.

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