Ré-habiter un paysage industriel à l’abandon

Le cas du Landschaftparken Allemagne

Le Landschaftpark de Duisburg-Nord est un exemple exceptionnel de réhabilitation d’une friche industrielle, d’autant plus intéressant que le site était remarquable par sa situation, son étendue et son niveau de pollution.

La crise de l’industrie dans les années 1970 a laissé derrière elle de nombreux chômeurs ainsi que d’innombrables friches industrielles. La plupart ont abandonnées : les énormes hangars et les chaines de montages sont désormais vides. Avec les problématiques actuelles – manque de place en ville et hyperdensité –  il devient essentiel de réutiliser ces espaces improductifs et de les réinsérer dans le paysage économique et urbain de nos villes nouvelles.

Landschaftparkde Duisburg-Nord, Allemagne – Latz and Partners –  concours en 1991

Le  Landschaftsparkde Duisburg-Nord se trouve en Allemagne le long du Rhin, dans la Ruhrgebiet, une aire urbaine dense de l’ouest du pays qui constitue le premier bassin industriel d’Europe de l’Ouest. En effet l’espace qui se trouve aujourd’hui réhabilité en parc était autrefois, et ce, depuis les années 1850, un site de production et de transformation d’acier et de charbon. Dans cet espace de plus de 200 hectares en plein cœurde la Ruhr, construit petit à petit du XIXème au XXème siècle, les structures de cette gigantesque cathédrale de fer et d’acier s’étendent à perte de vue. Cette zone a été totalement utilisée pour le développement industriel avant d’être laissée à l’abandon en 1985, entièrement polluée et malheureusement presque inexploitable. Tous les vestiges de l’ère industrielle sont encore visibles notammentla plus imposante des constructions : la Kraftzentralequi abritait les machines de production fonctionnant au gaz. Elle mesurait 170 mètres de long pour 34 mètres de large et se dressait à 20 mètres de hauteur. Le gazomètre était, quant à lui, un des plus grands d’Europe. Le site est traversé sur toute sa longueur par des rails qui permettaient de déplacer les différents matériaux et les marchandises mais aussi par un canal qui servait à rejeter les eaux usées de l’industrie. Des zones comme celle-là, abandonnées et polluées, le XXème siècle nous en a laissé partout en Europe, mais aussi aux Etats-Unis ou en Chine, disséminées dans les bassins industriels, et l’un des enjeux majeurs, non seulement écologique mais aussi sociétal, concerne la réhabilitation de ces lieux. 

En 1991, un concours est lancé par la Région afin de permettre le réinvestissement de ce site. Le projet de Peter Latz, architecte paysager connu depuis les années 1980 pour s’orienter vers la métamorphose des sites post-industriels, l’emporte. La vision de « Latz + Partners » – l’agence dirigée par Peter Latz – dont la renommée est assise sur ses compétences techniques et la qualité de ses prestations est déterminante. Pourtant c’est avec ce projet en particulier que l’agence et Latz lui-même se feront définitivement reconnaître. 

Landschaftpark de Duisburg-Nord, Allemagne – Latz and Partners –  concours en 1991

L’orientation est claire : une préservation quasi-complète de l’entièreté du site industriel et un assainissement par phytoremédiation. La phytoremédiation est la dépollution des sols, l’épuration des eaux usées ou l’assainissement de l’air intérieur par le biais de plantes vasculaireset d’algues. Il a été tenu le plus grand compte des plantes qui avaient poussé les premières, et spontanément,  sur le site en dépit de la catastrophe écologique qui avait accompagné l’exploitation du site. L’ancien canal est utilisé. Entièrement planté de fétuque rouge Festuca rubraen en association avec d’autres graminées, cette technique permet de réduire drastiquement la présence de polluants dans l’eau et dans les sols. Les polluants les plus lourds et les plus difficiles à transformer sont quant à eux entreposés dans les anciens bunkers auparavant utilisés pour stocker les réserves.

Mais Peter Latz ne s’arrête pas là et trouve un réemploi à chaque structure faisant partie de cet ancien géant industriel.
Outre l’intérêt environnemental du projet, ce dernier déploie également une véritable politique de patrimonialisation. Le site a été conçu afin de permettre aux anciennes générations la transmission d’une mémoire : un grand-père ayant travaillé à l’usine peut expliquer à ses petits-enfants, lors d’une balade dominicale, à quoi servaient les machines et quel était son rôle lorsque le site était en activité. La mémoire est aussi au cœurdu projet de Latz.

Différentes vues du Landschaftspark de Duisburg-Nord

Le parc est divisé en plusieurs zones selon les éléments présents : routes ou voies ferrées existantes. Cette première division de l’espace provenant du but premier de l’usine a été ensuite réassemblée à l’aide d’une série de passerelles et de voies navigables, reprenant les codes des anciens systèmes de chemins de fer et d’égouts. Chaque espace possède son propre caractère, défini par le rôle qu’il avait dans l’usine mais crée également un nouveau dialogue avec le site qui l’entoure. La réhabilitation est totale, Peter Latz se servant de chaque vestige comme d’un élément de programme spécifique. L’ancien gazomètre devient ainsi un bassin de plongée, les bunkers en béton sont soit murés pour entreposer les polluants soit ouverts pour créer une série de jardins intimes, les grands murs de béton sont transformés en murs d’escalade. Le centre de l’ancienne aciérie est ainsi devenu une gigantesque place publique.

La réalisation de cet imposant parc de plus de 200 hectares revêt également un intérêt démocratique et social, puisque il a été réalisé en partenariat avec des groupes de citoyens, des associations mais aussi grâce à des mesures d’aide contre le chômage. Ce projet, qui constitue l’un des pionniers du genre, a été récompensé par cinq distinctions (Green Good Design Award 2000, EDRA Places Award 2005, Play & Leisure Award 2004Grande Médaille de l’Urbanisme 2001, 1er prix européen pour l’architecture du paysage Rosa Barba 2000) autant pour son aspect écologique qu’urbanistique, architectural ou démocratique. 

Jardin de Zhongshan, Chine – Turenscape – concours en 2005

Ce travail d’avant-garde a ouvert la voie à d’autres projets du même type comme le jardin de Zhongshan en Chine – réalisé par l’agence Turenscape et récompensé par ULI Awards for Excellence, 2009 – véritable contre-pied au jardin traditionnel chinois et qui s’inspire de l’ensemble de la mémoire du lieu. En effet, c’est dans un ancien chantier naval que se dresse le premier parc public chinois. Véritable perle de verdure au milieu de la mégalopole, ce parc est une curiosité reprenant les codes de réhabilitation des grandes friches industrielles d’Allemagne ou des Etats-Unis. Vrai poumon d’air frais au milieu de la ville surexploitée, ce parc repose sur un travail de mémoire de l’ère industrielle aussi bien que sur un travail écologique. Comme d’autres projets de réhabilitation, le but n’est pas purement paysager, puisque cet endroit se veut comme une éponge pouvant absorber les fréquentes montées des eaux du fleuve qui traverse la ville. En effet, grâce à un système de passerelles et de plantes, le parc est capable d’augmenter sa capacité en eau, réduisant ainsi les crues éventuelles. Cet autre exemple d’architecture paysagère en parfaite harmonie avec l’environnement est une des solutions pour aller vers un monde plus simple, plus écologique et plus vivant.

Il est intéressant de noter qu’il existe des solutions pratiques et efficaces quant à notre impact sur terre. Il est maintenant su de tous que notre vie a eu des répercussions sur la planète et que désormais il faut essayer au mieux de concilier nos exigences de développement avec celles de l’environnement. Cela ne veut pas dire oublier notre passé mais au contraire, le réutiliser pour assurer sa mise en valeur et sa pérennité. Evidemment le coût financier de telles réalisations est énorme.  Cependant c’est l’honneur des politiques de faire des choix sur le long terme pour la préservation du patrimoine et celle de l’environnement et d’y associer leurs populations. C’est à ce prix que s’instaurera un esprit de responsabilité où chacun se sentira sollicité pour le traduire individuellement. Si chacun accorde un peu plus d’importance à ces sujets, il deviendra possible de construire ensemble un monde durable.

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