Le Buron, un futur espace de vie ?

Depuis la commune de Cheylade dans le Cantal, vous apercevrez surement des rochers aux formes ordonnées dispersés dans la montagne : les burons. Ces vieilles bâtisses contrastant avec le vert des prés vallonnés font partie du paysage. Ces constructions étaient destinées à la confection de fromage et accueillaient pendant plusieurs mois des buronniers, ces hommesqui occupaient ces lieux de manière saisonnière. Ils ont été peu à peu délaissés avec la mécanisation de l’agriculture qui a conduit à la dépopulation du monde paysan au profit des milieux urbains. Les milieux urbains ont ainsi récupéré dans un même temps le surplus de mains d’œuvre. Néanmoins, de plus en plus d’habitants dans ces milieux aspirent à un retour dans la nature. Ces nombreux bâtiments abandonnés, ne pourraient-ils pas devenir de nouveaux espaces de vie au cœur de la nature ?

Spécifiques à la région d’Auvergnes, les burons sont des constructions qui permettaient d’effectuer la transhumance, évènement charnière dans l’organisation agricole, ils permettaient aux fermiers de vivre et de produire du fromage dans les pâturages estivaux, ou « estives ». Les buronniers amenaient les troupeaux de vaches en altitude dans estives pour paitre librement sur ces grandes surfaces arables, ils restaient alors à proximité pour traire les vaches et produire du fromage. Les premières traces des burons datent de 1265, ces bâtisses sont alors simplement décrites comme des trous creusés dans la terre et recouverts de mottes d’herbe. Ce n’est qu’à partir du XVIe siècle que des registres décrivent des bâtiments construits en assemblage de pierres sèches dans les estives sous le terme de « buron ». Au XVIIIe siècle, ceux-ci commencent à être construit en pierre maçonnée et charpentée. En général, les burons sont organisés en trois pièces avec une unique ouverture sur la vallée. L’étage permet d’engranger du foin, il est aussi le lieu où les buronniers dorment. Le rez-de-chaussée est consacré à la production de la tomme qui sert de base à la confection de nombreux fromages. Elle est donc ensuite affinée dans la cave au sous-sol prévue à cet effet.

Le buron était tenu par trois ou quatre personnes au minimum. Le « roul » qui est en général un adolescent, sert d’homme à tout faire, le « bedelier » quant à lui est chargé de veiller sur les veaux en particulier pour amorcer la lactation. Enfin, le « pâtre » considéré comme premier berger est chargé de fabrication laitière. Ces hommes étaient exposés pendant plusieurs mois à des conditions de vie austères. C’était parfois sous la pluie, le vent ou la neige qu’ils s’occupaient du troupeau, de la traite, etc. La rudesse de ce travail fut une des origines du déclin des burons à partir des années soixante. La modernisation de l’agriculture offrait en effet aux éleveurs une production plus importante pour des conditions de vie plus confortables et une main-d’œuvre moins importante. Les normes européennes en 2002 mirent fin aux derniers burons, leur mise aux normes étant trop coûteuses.

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Estives cantaliennes avec son troupeau de vaches salers

Ces bâtiments maçonnés par l’homme dans les hauteurs de la montagne sont peu à peu devenus des rochers ordonnés que l’on aperçoit au loin ou qu’on l’on croise au détour d’une randonnée. Des initiatives de conservation ont été prises par des particuliers encouragés des organismes comme la Chambre de l’Agriculture du Cantal, le Parc Naturel des volcans d’Auvergne ou l’Association des Gîtes de Haute-Auvergne. Une trentaine de burons ont pu ainsi être transformés en gîte, restaurant ou encore en refuge. Certains éleveurs ont également recommencé à utiliser quelques burons pour produire du fromage. Malgré ces initiatives, il existe encore de nombreux burons encore vacants. Or ces espaces au milieu de la nature peuvent présenter un certain représenter un potentiel vers de nouveaux modes de vie.

En effet, depuis quelques années un nombre croissant d’individus cherchant à se déconnecter de leur rythme urbain en vivant dans un milieu naturel à la recherche d’un équilibre au sein de leur environnement. Les burons sont des constructions de choix pour y répondre. Son premier potentiel concerne la matérialité des burons. Les murs en pierre sont épais et ont été bien mis en place pour durer dans le temps, c’est également le cas de la charpente fait avec le bois local. Ces matériaux donnent à la construction une atmosphère particulière, mais aussi une image de solidité. L’aspect thermique des burons présente également un grand intérêt. Une température constante est nécessaire pour la production de fromage. Ainsi, les caves et une partie du bâtiment sont enterrés profitant de l’inertie thermique du sol à une température constante de 12 ° C. Cette température est plus fraiche que l’extérieur en été et plus chaude en hiver. L’épaisseur du mur comme de la toiture permet également au bâtiment d’avoir une inertie importante. Cela signifie que la température extérieure et la température intérieure du bâtiment sont déphasées : en été, la journée il fera frais dans le bâtiment et la nuit il fera chaud. Enfin, l’environnement de ces constructions est très qualitatif. En haut des montagnes dans des prairies verdoyantes. La vue sur un paysage panoramique jusqu’à une centaine kilomètre à la ronde. De plus, ces burons bien qu’en haut des montagnes sont assez accessibles par des chemins de terre le long des versants. En rénovant ces constructions, il est facilement possible d’y apporter un confort moderne. Ce confort peut être défini une température comprise entre 19 et 22 °C et un accès à l’eau courante et l’électricité tout d’abord. Le confort thermique peut être apporté par une couche d’isolant perspirant comme de la ouate de cellulose qui permettra d’isoler le bâtiment toute en évitant la condensation. De plus, de nombreuses sources coulent le long du Massif central et des poteaux électriques sont installés à proximité plus bas dans la vallée. La connectivité est aussi un facteur important. Il est déjà possible d’avoir une connexion correcte, les burons étant situés en moyenne montagne. Ces territoires sont suffisamment connectés pour qu’on puisse y vivre, y travailler toujours en lien avec les milieux urbains surtout avec le développement du télétravail. De plus, l’Auvergne est essentiellement agricole, ces lieux de vie pourront ainsi s’insérer dans un écosystème de production de nourriture locale.

Il existe déjà un certain nombre de personnes vivant dans des habitats vernaculaires isolés. Jacob Karhu, diplômé de l’école Polytechnique de Lausanne, a fait dans les Pyrénées une expérience d’autosuffisance dans une construction en pierre semblable aux burons. Il présente la rénovation de l’abri à l’aide d’outils manuels ainsi que la façon de se nourrir presque en autonomie. En France, certains ont fait le choix d’acheter une vieille construction dans un endroit isolé pour les réhabiliter. Entre achat de résidence secondaire loin des centres urbains ou au contraire changement de vie complète, ces personnes constituent un mouvement changeant d’exode urbain. Les néo-ruraux font le choix de s’installer hors des zones urbaines pour des raisons de prix ou par choix. Après la tendance d’exode rural, nous faisons face à une inversion maintenant avec des villes qui perdent de plus en plus d’habitants ; Paris perd par exemple 2,5% d’habitant par an depuis 2011. La raison ? Le prix de l’immobilier ! Mais cette tendance risque de s’accentuer avec le temps et reconstruire des productions locales sera bientôt nécessaire. L’agriculture aura par exemple besoin de main d’œuvre si le coût du pétrole augmente bien trop : des ingénieurs agronomes estiment ainsi un besoin de main d’œuvre de 25 millions de personnes à l’échelle de l’Europe. Reconquérir des lieux comme les burons sera ainsi le moyen de produire de la nourriture sur des bases saines.

Bibliographie

  • Livre

Jean-Paul Pourade, Chemins de transhumance, Lempdes, AEDIS, 1996

Jean-Claude Roc, Burons de Haute-Auvergne, Brioude, Watel, 1991

Marie-Christine HUGONOT, Habiter la montagne, Chalets et maisons d’architectes, éd. Glénat ;

Olivier DARMON, Habiter les ruines, transformer et rénover, éd. Alternative

Christian La Grange, Cabanons à vivre, Rêveries, écologie et conseils pratiques, éd. Terre Vivante

  • Sites internet
Histoire des burons [en ligne]. Commune de laveissiere.fr [consulté le 20 octobre 2018]. http://www.laveissiere.fr/les-burons_fr.html

Jacob Karhu. Je Pars VIVRE 9 Mois en Montagne [vidéo en ligne]. Youtube, 15/02/2018 [consulté le 3 septembre 2018]. 1 vidéo, 4,52 min.
https://youtu.be/7Skh1d4ZU6A

  • Vidéo
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