La Fàbrica ou la poésie des friches industrielles

Une cimenterie désaffectée près de Barcelone est devenue le nouveau sanctuaire de l’architecte Ricardi Boffil de l’agence Taller de Arquitectura. Conquis par ce lieu abandonné et unique, il entreprends de nombreux travaux pendant deux ans pour y installer sa maison et son agence. Richard Boffil travaille sur la notion de « régénération architecturale » qu’il cherche à développer dans la plupart de ses projet. Son agence a été plusieurs fois confronter à des projets de réhabilitation, qu’il semble affectionner. La Fàbrica reste l’une des conceptions les  plus atypique de cet architecte audacieux.

Les ruines modernes

Les friches industrielles représentent le nouveau terrain de jeux des architectes. Devant l’étalement des villes vers la périphérie, il devient nécessaire de les inclure dans le nouveau cycle des territoires. Les anciennes usines représentent désormais une architecture vernaculaire, emblématique du 20ème siècle et de son idée de surproductivité. Conçues simplement dans le but d’être fonctionnelles, on leur découvre aujourd’hui une esthétique nouvelle, comme si ces immenses blocks de béton, en devenant des ruines, avaient pris de la valeur.

Les friches revêtent une architecture particulière, tout d’abord par leur aspect qui les rendent assez unique, leur style évoque souvent le mode de construction le plus répandu et le moins coûteux de leur époque. Leur intemporalité invite à imaginer un passé, une histoire. Leur immensité, aussi bien dans l’architecture qui le compose que dans les objets, rendent le bâtiment démesuré, presque inhumain, mais offre surtout un immense espace à redéfinir, en composant avec une partie d’éléments hors-normes. La réhabilitation vient généralement du sentiment de vouloir se réapproprier un espace abandonné, grignoter par la nature et l’usure, qui semble créer un dialogue improbable entre les éléments, la végétation sauvage, le métal rouillé et la brutalité du béton.

Réhabilitation «la forme et la fonction peuvent être dissociées»

Certains architectes verront dans la friche industrielle une nouvelle forme de poésie, c’est le cas de l’architecte Ricardo Boffil lorsqu’il découvre le bâtiment qui deviendra La Fàbrica en 1973. Cette cimenterie est alors inutilisée, il ne s’agit que des vestiges d’un bâtiment industriel du début du 20ème siècle. La cimenterie, avec ses formes cylindriques, s’élève alors comme un ensemble de tours figées hors du temps. Le bâtiment est composé de grands murs de béton encerclant des machines, d’une trentaine de silos, de galeries souterraines et d’escaliers montant vers le vide. L’architecte voit le charme que peut avoir cette ruine industrielle et entreprends alors de nombreux travaux pour la rendre habitable. Ce qu’il veut avant tout c’est un espace où il peut concilier sa vie professionnelle et personnelle, qui sont pour lui indissociables.

Il conçoit cet espace comme un sanctuaire. Chaque espace est différent, alternant entre de grands espaces de travail et de détente. Il donne à ces locaux une dimension luxueuse, mais loin d’une style classique, il veut former un lieu à son image,  alliant ancien et moderne à la fois.

Cette cimenterie est le résultat de la somme de plusieurs structures et aménagements construis au cours du temps. Il a donc été nécessaire de faire un choix entre ce qui fait l’atmosphère de l’édifice originel et les éléments rajoutés. Boffil a donc supprimer les éléments en désaccord avec l’essence première du site, mais aussi ceux qui étaient en désaccord avec les usages qu’il voulait donner au bâtiment. C’est ainsi que durant un et demi, un travail de déconstruction à été fait pour redessiner les espaces, les rendre plus généreux et lumineux.

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Pour sublimer la ruine, de nombreux espaces abandonnés sont replantés, créant un paysage bluffant, ou la nature semble presque avoir repris ses droits sur la structure. Le lien entre intérieur et extérieur se fait à partir des espaces végétalisés, contrastant avec l’aspect brutaliste du béton. Le bâtiment semble ainsi rester un espace à l’abandon, encore plus à l’écart de la réalité du temps.

Il donne ensuite une nouvelle dimension à la cimenterie en créant une façade. Le béton est creusé pour former de grandes arches élancées, changeant ainsi le statut du lieu qui passe d’usine à véritable lieu de vie. En créant des espaces habitables et de nouvelles perspectives, il offre une seconde vie au bâtiment. Un parcours est créer entre la maison, les ateliers, les salles d’expositions et de concerts, offrant des perspectives extérieurs sur la végétation.

Le hall d’entrée aussi appelé la cathédrale sert de grand espace de réunion et d’exposition. Les silos deviennent les ateliers de l’agence, les studios y sont sur quatre niveaux et l’un d’eux sert exclusivement d’espace de circulation avec un grand escalier à ciel ouvert. L’usine sera sa nouvelle maison, qu’il ne cessera de transformer au cours de sa vie. Les espaces familiaux se concentrent au rez-de-chaussée, autour de la cuisine et de la salle à manger pour qu’ils puissent se réunir facilement.


Ce qui est intéressant à travers ce projet, c’est la manière dont Ricardo Boffil a façonné son sanctuaire, en considérant cette immense ruine comme son temple, à son image. Les tours de béton ont été travaillé comme une sculpture. Pour lui, avoir un espace aussi grand et atypique offre la perspective de travailler de façon stimulante, de rechercher l’inspiration en étant dans un espace lui-même inspirant. Ses collaborateurs peuvent se déplacer, s’isoler ou se regrouper librement dans des espaces singuliers et épurés. Il a projeté sur une ruine ses désirs d’avoir un mode de vie qui lui correspondent,  un espace atypique qui offre sérénité et inspiration. « C’est un lieu où le traditionnel n’est pas concevable »

Aujourd’hui la conception de la ville passe par aussi par la friche industrielle, en effet il est facile de se prendre d’affections et d’émerveillement pour les reliques d’un passé très proche. Plus qu’un effet de mode, c’est aussi une manière de conserver une partie du patrimoine et de s’en servir pour créer un lieu avec une nouvelle fonction et une nouvelle histoire. Lorsque la friche a été trouvée par Boffil et ses collègues, ils ont été séduit par le surréalisme des monolithes et des espaces gigantesques. Il a considéré le bâtiment en lui-même comme une œuvre d’art, et qu’il a transformé cette structure brutaliste avec sa vision romantique. Il a créer un lieu  qui échappe à l’idée conventionnelle du luxe.

Sources :
http://www.ricardobofill.com/

Vidéo Viméo: https://vimeo.com/109712826

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