L’identité architecturale dans son expression matérielle

Diplômé de l’école nationale d’architecture d’Asuncion en 1986, Solano Benitez est l’une des figures majeurs de l’architecture latino-américaine. En 1987, il fonde le Gabinete de Arquitectura, en partenariat avec Gloria Cabral qui le rejoindra en 2004. Le Gabinete de Arquitectura exploite les connaissances spécialisées de la main-d’oeuvre paraguayenne pour créer et construire des bâtiments en matériaux vernaculaires tels que la brique et la tuile, capables de résister aux conditions de vie propre au pays (chaleur extrême et fortes pluies). Les architectes s’appuient sur cette expertise comme source d’innovation dans leurs conceptions et leur constructions. En privilégiant la durabilité et le respect de l’environnement, l’agence «commence par des idées visant à apporter des avantages, soit aux personnes qui vont utiliser les bâtiments ou à la ville qui les entoure».
Tous deux ont une approche multidisciplinaire de l’architecture et collaborent régulièrement avec différentes acteurs sociaux tels que des anthropologues, des philosophes, des économistes ou des historiens. Tirant profit du savoir faire des artisans paraguayens, Solano Benitez et Gloria Cabral imaginent des structures qui, par leurs formes et leurs matériaux, privilégient l’économie, la durabilité et le respect de l’environnement. Lors de la 15ème exposition internationale d’architecture de la Biennale de Venise en 2016, Gabinete de Arquitectura a exposé un pavillon en forme de parabole construit à partir de briques paraguayenne. L’agence a remporté le prix du Lion d’or et a été citée par le jury pour l’utilisation de «matériaux simples, intégrité structurelle et main-d’oeuvre non qualifiée pour amener l’architecture dans les communautés mal desservies». Parmi les autres projets récents, citons le centre de réadaptation pour enfants, Teletón, entièrement construit à partir de matériaux recyclés, à Lambaré, au Paraguay ; l’édifice Unilever et le campus d’Asunción. Ils ont conçu plusieurs résidences au Paraguay, notamment la maison Esmeraldina à Asunción, la maison Las Anitas à Santani et la maison à Itauguá. Le Gabinete de Arquitectura a été finaliste du 2e prix Mies van der Rohe pour l’architecture latinoaméricaine en 1999 et a reçu le prix de l’OEuvre de la décennie du Collège des architectes du Paraguay. La firme a également participé à la 10ème Biennale ibéro-américaine d’architecture et d’urbanisme à São Paulo.

La mondialisation et l’apport de nouveaux types d’échanges d’informations nous offrent de nouvelles perspectives dans les modes de conception. Les architectes sont internationaux et n’ont plus un rapport à une architecture locale issue de leur propre culture. Ceci nous pousse à nous poser des questions d’identité concernant la réflexion et l’élaboration d’un édifice.

« Une oeuvre architecturale réussie, une oeuvre publique importante, on peut aussi en parler comme d’une prouesse, mais c’est certainement la matérialisation de quelque chose de plus important encore et de plus profond,issu de la culture de cet environnement et de cette société, une culture qui est la condition de ton travail et qui en même temps le conditionne. Sans elle, on ne construit rien, et cette culture,ce n’est certes pas l’architecte qui peut l’inventer… » Renzo Piano.

Depuis la révolution industrielle nos environnements de vie ont été modifiés, ont subi une forte artificialisation nous ayant dénaturé. Notre conscience de vivre dans un monde naturelle se perdant dans des modes de réflexions et conceptions se voulant de plus en plus rapide et efficace en terme de qualité et résistance propre du matériaux. Une prise en considération du lieu prend une certaine importance dans l’emploi d’une certaine matérialité afin de favoriser une lecture significative et révélant l’histoire de cet espace. Au Paraguay, les constructions sont essentiellement faite de briques de par le fait que ce soit le matériau de moins cher du pays. En tant qu’architectes, Solano Benitez et Gloria Cabral veulent, dans l’élaboration de chacun de leur projet innover avec ce matériaux, dans son utilisation et sa mise en oeuvre. Comme a pu l’exprimer Solano, “l’utilisation de la brique dans chacun nos projet n’est pas un choix affectif, nous n’aimons pas la brique plus qu’un autre matériau, c’est juste le moins cher sur le marché. Si nous pouvions construire avec des tomates et qu’elle étaient moins cher que les briques nous le ferions.” Il est intéressant d’étudier les modes de réflexions de cette agence paraguayenne, utilisant,exploitant et sublimant un matériau local en le liant avec leur savoir technique. La matérialité est un élément important à prendre en compte dans la compréhension d’un lieu et dans le nouvel atmosphère que nous souhaitons y mettre en place et le Gabinete de architecture en est un exemple parfait. Solano Benitez et Gloria Cabral imaginent des structures qui, par leurs formes et leurs matériaux, privilégient l’économie, la durabilité et le respect de l’environnement. Leur méthode architecturale est fondée sur l’agencement de modules aux formes géométriques simples et l’utilisation de matériaux vernaculaires tels
que la brique ou le mortier, qui permettent aux habitants de construire leurs bâtiments eux-memes.
Une des particularité de cette agence est qu’en plus d’utiliser des matériaux simples et locaux, ils tentent
dans leur mise en oeuvre de leur projets de faire en sorte de les ceux-ci soient constructibles par des
personnes peu qualifiées.

En 2018 Solano et Gloria conçoivent spécialement pour la fondation Cartier, et pour la première fois en Europe depuis la biennale de Venise, une oeuvre monumentale composée de 144 panneaux de briques brisées et de béton, leurs matériaux de prédilection, savant jeu d’équilibre, d’ombres et de lumières. Pensant la géométrie comme un rythme, une cadence avec ses légères nuances, ils fondent leur oeuvre sur le principe de répétition; répétition qui selon eux , ‘‘ apporte une continuité géométrique et des oppositions a partir de la succession d’un élément.’’ Lors de la réflexion du projet les architectes tenaient à ce que leur intervention soit un savant mélange entre la culture française, l’identité sud-américaine et les modes de construction de l’agence. Si nous observons bien la structure en place dans la fondation cartier nous pouvons le sentir; en regardant la structure de face nous pouvons remarquer le logo de l’entreprise Renauld, symbole des capacités constructives française de par son histoire et sa réputation à l’international. La matérialité de leur intervention, mélange de brique et de béton révèle les modes de construction de l’agence; et nous pouvons aussi sentir dans la mise en forme, la géométrie du projet,l’identité sud-américaine. En plus de cela, ce projet devait apporter un plus, une atmosphère particulière au lieu dans lequel il devait s’implanter. C’est la raison pour laquelle lorsque nous observons le reflet de l’oeuvre sur les différentes parois vitrées de la fondation Cartier une impression d’implantation dans la nature et les arbres le bordant nous ai donné et donne une dimension supplémentaire au projet. “Notre projet fait selon moi référence à la géométrie latino-américaine, ou à la géométrie en générale,qui prend racine dans l’humain,dans la plus profonde expression de l’intelligence humaine. Cette capacité à mesurer la réalité est essentielle. Elle traduit la possibilité d’appréhender un monde qui fonctionne comme un jardin originel,source de vie et pilier de l’humanité, ou tout est mesurable,ou tout a une logique que l’homme peut saisir pour mieux vivre.”

Identité et architecture ont une relation étroite et sont souvent primordiales afin de favoriser la pérennité d’un projet mais aussi pour que le rôle de penseur- concepteur de l’architecte soit préservé. Le rôle de l’architecte prend ainsi, dans la mise en place de mode de conception innovant, une tout autre forme, ce dernier aurait ainsi une fonction de conseiller déterminant, permettant par un partage de savoir-faire et d’expérience architecturale d’épauler les habitants dans la mise en oeuvre de leurs projets et dans la façon dont ceux-ci veulent que leur lieu de vie évolue.

  • Bibliographie
– Solano Benítez and his architectural values at Cersaie 2016 – http://www.archiproducts.com – Solano Benitez – http://www.arch.ethz.chhttp://www.fondationcartier.com
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