Pétra, entre tradition et tourisme

La cité perdue

Pétra, une des sept merveilles du monde, est aujourd’hui le site archéologique les plus important de Jordanie. L’économie du pays repose en grande partie sur le tourisme, et donc sur les visites de ses ruines spectaculaires. Cependant, la cité n’est pas faite que de magnifiques tombeaux et de paysages désertiques, mais aussi d’une importante population bédouine qui y vit depuis des milliers d’années, et  semble figée dans le passé. Le décalage est fort entre le mode de vie des bédouins qui semble vouloir rester traditionnel, et entre l’activité des touristes qui vient transformé leur quotidien, mettant en scène le décalage du site archéologique avec notre ère.

Pétra a été construite dans l’Antiquité par les Edomites puis les Nabatéens, des peuples arabes nomades, qui se sont sédentarisés. De par sa position, le site devient un carrefour marchand essentiel sur la route de la soie et des épices. La cité prospère, et les habitants créent des temples et des tombeaux richement ornementés en hommage à leurs dieux, mais aussi pour montrer leur fortune. Les constructions se présentent sous forme d’immenses façades sculptées, autour de l’entrée de la cavité, où l’on trouve généralement une grotte rectangulaire, creusée dans la pierre.

Lorsque d’autres routes se développent, Petra est désertée et retombe dans l’anonymat, jusqu’en 1830 où le monde occidental se prend de passion pour les vestiges de la société disparue. Petra devient alors une destination prisée. Elle passe d’espace semi-désertique, peuplée uniquement par un peuple des bédouins musulmans, à une destination touristique prisée. Devant le gain économique que peut représenter la cité, l’état jordanien passe un accord avec les autochtones. Le site est sous tutelle de l’état, en échange, une compensation économique est donnée aux habitants. Les bédouins voient alors leur vie simple, faite d’agriculture et d’artisanat, prendre une autre dimension et commencer à s’enrichir avec le tourisme.

Petra offre un espace incroyable, auquel les bédouins sont très attachés. Beaucoup d’entre eux souhaitent rester sur ces collines  qui leur inspirent espace et liberté. Ils se sentent assez étriqués en ville, et certains d’entre eux l’ont quitté pour offrir une habitation plus spacieuse à leur famille dans les grottes. Beaucoup souhaitent poursuivre cette vie, afin de perpétuer leur culture. Mais comme toute société traditionnelle, une partie d’entre eux se tourne plus vers le monde occidental, sans forcément vouloir quitter leurs terres.

Un enjeu économique

Les bédouins, qui s’appellent aujourd’hui les B’douls, vivent toujours dans le site archéologique. Certains ont été relogé dans une ville accolée pour être plus proche des écoles et des soins médicaux. Cette petite ville vit surtout grâce à la présence d’hôtels et de services dédiés à l’activité touristique. Les B’douls qui sont restés vivre dans le village du site archéologique essaient de conserver un mode de vie traditionnel. Ils vivent toujours des habitats troglodytes construits il y a des milliers d’années, qu’ils se transmettent de génération en génération. Ces grottes sont anciennes et donc vétustes, ils n’y ont pas d’équipements pour l’eau et électricité à l’intérieur. Pour se procurer du bois de chauffe et de l’eau, ils utilisent leurs ânes, et pour l’électricité se servent de groupes électrogènes. Ils cuisinent essentiellement au feu de bois.

Ce lieu de vie devient un site touristique, une conséquence de la mondialisation qui vient perturber leur façon de vivre. Les bédouins essaient alors de capitaliser sur une image fantasque désertique. Comme tous les lieux autochtones devenus des circuits publics, les habitants tournent de plus en plus leurs activités en services, et se modernisent. On sent d’ailleurs une dualité entre leur image extérieure qu’ils mettent en avant, et leur modernité, car ils n’ont pas complètement grandi en marge de la société. Aujourd’hui, Petra est proche de la ville, desservi par de nombreux bus. Par ailleurs, les bédouins ont eu une éducation relativement normale, ils sont allé à l’école, travaillent et voyagent. Cependant ils ont conscience que les visiteurs de Petra sont là dans une volonté de dépaysement qu’ils contribuent à apporter.

Rapport aux touristes

« On ne peut pas vivre avec les touristes, mais on ne peut pas vivre sans eux »

Les bédouins sont tiraillés entre le style de vie traditionnel et entre une vie plus moderne sous l’influence de la mondialisation du 21e siècle. Malgré cette volonté de s’affranchir d’us et coutumes parfois dépassés, ils sont tout de même attachés à leur terre. De plus, étant dépendants d’une économie touristique, ils mettent en avant leur aspect traditionnel, afin de renforcer le folklore et l’imaginaire lié à leur histoire. Ils cultivent une image passéiste, tant pour leur bien-être personnel que pour être attractif auprès des touristes. Ils se présentent souvent avec des cheveux longs, attachés avec un kaftan, et les yeux khôlés pour se protéger  de la poussière. Certains sont en djellaba, d’autres en jean, démontrant une certaine dualité vestimentaire entre tradition et modernisme.

Leurs activités liées au tourisme ne sont pas très lucratives, mais cela peut être suffisant pour vivre convenablement dans les grottes. Beaucoup d’entre eux ont un second travail qu’ils effectuent près de la ville. Ces services s’axent autour de leur mode de vie singulier. Ils proposent des visites à dos d’ânes et de chameaux à travers le site, offrent le thé en haut des canyons pour profiter de la vue. Souvent, ils proposent aux touristes de dîner chez eux contre un peu d’argent, en faisant de la cuisine au feu de bois devant leurs invités. Ils vivent dans des grottes, situées légèrement en retrait du circuit touristique. Ainsi, même si le site semble fermé à 18h, la cité ne dort toujours pas. Les bédouins vivent et dînent ensemble, ou avec leurs hôtes, leur jouent parfois de la musique traditionnelle, il est donc possible de quitter les lieux plus tard par des chemins connus des bédouins.

Les rapports avec les touristes sont assez particuliers. Les jeunes bédouins ont un attrait certain envers les touristes féminines, ils se tournent tout particulièrement vers elle afin de leur proposer des visites. Evoluant dans un environnement toujours assez religieux, ils voient surement avec les étrangères une opportunité de séduire plus facilement. Quelques bédouins se marient même avec des femmes de passage, qui tombent amoureuses aussi bien de la cité que du bédouin. Finalement, peu d’entre elles réussissent à apprécier la vie loin de leur civilisation et de leur famille, et ne restent que quelque temps. Certains hommes tentent de quitter Pétra pour leur compagne, et finissent par y revenir. La vie en ville leur semble trop étriquée, trop contraignante, par rapport à la vie de la vallée où ils peuvent respirer.

Comme dans toutes les sociétés très traditionnelles, de nombreux jeunes ont tendance à se détourner des anciennes pratiques, et sont influencés par le monde occidental et le 21ème siècle. L’anglais est assez simple pour eux, car ils commencent à côtoyer assez tôt des gens de toutes nationalités. Ils écoutent de la musique internationale sur leurs téléphones, avec de petites enceintes, au milieu des temples et des collines.


Bien que leur attachement au site soit compréhensible, leur manière de vivre s’apparente parfois à une mise en scène destinée aux touristes. Les bédouins se découpent entre un mode de vie qu’ils désirent conserver, et des tendances plus actuelles. Vivre en autarcie dans un espace qui dépend de la fréquentation d’étrangers est quasiment impossible. Bien qu’il soit nécessaire de s’adapter et d’évoluer en fonction du contexte actuel, il est peut-être préférable pour eux de rester figé dans le passé pour conserver à la fois leur authenticité et leur attrait économique. Ce qui semble certain, c’est que tant que la ville rose perdurera, le style de vie des bédouins durera.

Sources :

Le bédouin de petra | Monde Al Jazeera https://www.youtube.com/watch?v=Fb-nVvfzbVVI

Face à un tourisme en perdition, les Bédouins de Jordanie sont retournés dans les grottes de Pétra, Megan Hanna, 2016
https://www.middleeasteye.net/fr/reportages/face-un-tourisme-en-perdition-les-b -douins -de-jordanie-retournent-dans-les-grottes-de-p

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s