Prehab Project : Nomadisme urbain, une expérience entre espace et comportement

Nomadisme urbain, une expérience entre espace et comportement

nLa «pré-habitation» peut-elle être une solution pour l’avenir des bâtiments? Hanna Burkart et Philipp Furtenbach lors d’une exploration spatiale et comportementale. En décidant de vivre dans les lieux habités en cours de transformation, ils ont aidé à la restructuration de bâtiments existants, à partir de leur ressenti.

Philipp Furtenbach et Hanna Burkart forment le collectif BuFu, et commencent le projet Prehab en 2016. Hannah Burkart est une artiste autrichienne diplômée de l’Université des arts appliqués de Vienne. Elle travaille sur les relations entre espace et comportement par le biais de performances qui remettent en question la perception de plusieurs aspects de la vie courante, tels que la marche, le sommeil ou encore l’habitat. Ayant beaucoup déménagé plus jeune, elle a été très tôt confronté à la question de l’adaptabilité dans un nouvel environnement, et semble vivre chaque changement comme une nouvelle aventure. Philipp Furtenbach est un artiste et architecte qui travaille dans les domaines de la performance, de la dramaturgie, et développe avec son collectif AO& des espaces exceptionnels dans le but de faire des expériences sociales. Ils se retrouvent donc naturellement sur ce projet qui questionne à la fois notre manière de vivre, mais également notre rapport à la conception architecturale.

Pendant deux ans, les artistes se lancent dans une expérience de nomadisme urbain. Tous les deux mois, ils déménagent avec leurs affaires et se réapproprient un nouveau lieu, pour essayer un nouveau mode de vie. Ils se rendent dans une multitude d’endroits qui s’apprêtent à être restructuré, comme des logements, bureaux, boutiques ou encore des entrepôts. Le but de ce projet est de vivre sur le site afin d’orienter les propriétaires et architectes dans leur travail de conception. Pour cela, ils investissent franchement les lieux, se les approprient, et en définissent les caractéristiques. Cette approche est une sorte de performance dans laquelle les artistes sont leurs propres cobayes, car ils analysent leurs comportements par rapport à un espace précis.

Les artistes travaillent pour les propriétaires et architectes afin de les aider à optimiser la qualité de l’architecture et de son environnement proche. Au bout de deux mois, ils donnent un compte-rendu à l’équipe en charge du projet de réhabilitation, avec leurs impressions, leur description du lieu et leurs suggestions. Ainsi, les architectes qui s’occuperont du bâtiment le feront à partir des notes d’Hanna et Phillip, qui ont vécu le site de l’intérieur. La réhabilitation sera ainsi basée sur l’évaluation pratique du bâtiment et non par la simple théorie via une brève visite de site. C’est une nouvelle manière de travailler avec le bâtiment, en faisant l’expérience du site, on a une approche plus sensible des réalités et des contraintes architecturales.

PLP, Vienne, 2017

« Comment vivez-vous ici ? »

Les artistes investissent les bâtiments vides pendant environ deux mois. Cette période leur permet d’appréhender le point de vue d’un nouvel arrivant, puis celui d’un résident habitué au lieu et au contexte. Ils peuvent également s’intégrer dans le quartier, et à tout moment pouvoir observer sa dynamique, son ambiance, ainsi que son tissu social. De cette façon, la transformation du bâtiment sera plus en adéquation avec son environnement, contrairement aux projets généralement conçus par des étrangers, et souvent basés sur une analyse superficielle des lieux.

La question qu’ils se posent est « Comment vivez-vous ici ? ». Ils se mettent donc en conditions, adaptent leur quotidien et analysent leur propre comportement en relation avec leur espace. Comment dorment-ils ? À quel endroit ? Faut-il des couvertures et des oreillers ? Où manger ? Comment ranger ses affaires ? Où faire ses courses ? Comment rencontrer des gens ? … Finalement ils se posent les mêmes questions basiques qu’une personne qui emménage pour la première fois. Ils invitent parfois leurs amis ou familles qui viennent leur rendre visite normalement, prenant ainsi part à l’expérience.

Au cours du processus, Hanna et Philipp investissent les lieux avec peu d’affaires, ils évaluent leurs manques et créent les meubles et installations sur mesure qui leur font défaut, dans l’esprit du lieu. Ces objets sont conçus en fonction des matériaux et du savoir-faire local, ce qui les conduit à visiter des petits producteurs : des artisans, des agriculteurs, des carrières de pierres ou encore des tanneurs. Ils se basent ensuite sur leurs recherches pour adapter les outils aux techniques culturelles, et créent de nombreux objets tels que des tapis, des chaises, des ustensiles de cuisine et du mobilier en tous genres.

Exemple d’objets conçus pas les artistes

BAU 6: Terrain d’analyse

La meilleure façon de comprendre leur travail est de se concentrer sur une étude de cas plus précise, le projet de pré-habitation Bau 6, situé à Vienne. Les architectes ont vécu du 3 octobre au 21 novembre 2016. Leur processus d’analyse s’est déroulé en plusieurs étapes.
Bau 6 is is is de la société sociale Siemens a été construit dans les années 1980. Les artistes se concentrent sur le rez-de-chaussée, qui est la cantine des employés. L’espace de 2 400 m2se compose d’une cuisine, d’une grande salle principale ainsi que d’une véranda. La grande salle accueillait tous les midis 2 000 employés chaque jour de la semaine, et faisait office de salle des fêtes pour certains événements. Le tout est également équipé de vestiaires et de sanitaires.

À la découverte du site, ils établissent la position géographique du bâtiment, avec ses voies d’accès, ses transports. Ils parcourent le quartier, se renseignent sur son histoire, l’espace urbain et le déplacement, le temps de trajet, et les petites choses intéressantes à y voir. Dans leur compte-rendu, ils suggèrent par exemple un accès secondaire vers le tramway, la route du transport dans le bâtiment se fait difficilement. De plus, ils sont également attentifs à l’apparence du bâtiment, à l’environnement, à l’environnement immédiat et aux relations avec les passants.
Depuis l’intérieur, ils se sont bien déroulés. La composition des plafonds et des suspensions, du vitrage, des revêtements et des couleurs… Puis leurs liens avec la lumière et l’éclairage, cela permet de créer une ambiance particulière, ainsi que le jour que la nuit. Ils sont également remarquables avec les options suivantes: testant l’acoustique, le climat, les odeurs, et de manière générale, ils font appel à leur sens pour découvrir les lieux et leurs particularités.
Vient ensuite le moment où les artistes se mettent à habiter l’espace, et doivent composer avec ce qu’ils ont pour vivre. Ils gèrent les différents aspects du quotidien, tels que se faire manger, se faire prendre une douche et travailler.

Afin de se nourrir, ils réaménagent une pièce de cuisine et s’identifient d’une plaque chauffante et d’une glacière pour conserver les aliments. Ils mangent assis dans la grande salle, sur de grands coussins, même pour le sol, pour se sentir plus à l’aise. Les grandes tables qui auraient été rassemblées pour créer un espace de travail ou stocker des livres et des vêtements. Travailler ne soit qu’un ordinateur, ou bien du crayon et du papier, ils peuvent donc s’installer n’importe où, pour le faire, préférant simplement mettre à une table basse, assis sur la moquette. La véranda est également un lieu agréable pour travailler, plus à séparer et plus lumineuse, on y trouve une chaise et une table déjà sur place.

Bau 6, Siemens, Vienne, 2016

Une enquête novatrice

Prehab est autant une expérience sociale qu’une nouvelle forme de conception architecturale. En décidant de se passer d’un habitat stable, ils reconsidèrent les pratiques de vie classique et remettent en question les bases de l’habitation standard. Ils repensent la notion d’appropriation d’un espace, d’adaptabilité, et développent un nouveau rapport à leurs besoins matériels.

Avec cette enquête, les artistes invitent également à une autre vision de l’architecture. Habiter, expérimenter, réinventer, sont des actions qui prennent du temps. Finalement, en se tenant à distance, l’architecte se prive de nombreuses informations qui pourraient nourrir de façon innovante un projet de réhabilitation. Peut-être faut-il vouloir découvrir un espace de manière plus sensorielle pour comprendre sa réalité. Doit-on finalement s’immerger pour mieux le penser ?

Sources : http://www.prehabitation.net/

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s