Premier lauréat indien du Pritzker

Un parcours à la croisé des chemins entre expression moderne et traditionnelle

L’année 2018 marque le 40 ème anniversaire du prix Pritzker qui a eu lieu au musée Aga Khan à Toronto, Canada. Balkrishna Doshi en est le 46ème lauréat, pour la première fois décerné à un architecte indien dans l’histoire des prix Priztker. Tom Pritzker, président de la fondation Hyatt qui sponsorise le prix a déclaré sur l’architecte ‘‘ La carrière de Doshi illustre correctement le but de ce prix – une approche qui démontre l’art d’architecture en tant qu’inévitable service envers l’humanité.’’
Âgé de 91 ans, et avec une carrière qui a perduré pendant les dernières 60 décennies, Balkrishna Doshi a été d’une influence indispensable dans l’histoire de l’architecture indienne et internationale, où son apport a démontré sa consécration envers l’humanité. Influencé pendant sa jeunesse par Le Corbusier ou encore Louis Kahn, il a construit au cours de sa carrière un ensemble d’écoles, banques, théâtres, libraires, et logements privés, particulièrement adaptés au contexte social et culturel de son pays.

Né à Pune, en Inde en 1927, il grandit dans une famille impliquée dans l’industrie du meuble depuis deux générations. En 1947, l’année où l’Inde acquiert son indépendance, Doshi intègre l’école d’architecture Sir J.J. College à Mumbai. En 1950, il embarque sur un bateau qui l’emmène à Londres, où il rencontre Le Corbusier. Ils travaillent ensuite ensemble à Paris pendant 4 ans.
Il retourne en Inde en 1954, pour suivre les travaux de Le Corbusier, notamment le Palais des Filateurs à Ahmedabad en 1951 et la villa Shodan également à Ahmedabad en 1956.
Si les années 50 représentent une période importante de relations entre Doshi et l’architecte moderne franco-suisse, les années 60 marquent quant à elles, la période d’échanges entre Doshi et Louis Kahn, qu’il rencontre en 1958 aux Etats Unis. Doshi s’installe à Ahmedabad en 1956 où il fonde son agence ‘‘Vastu Shilpa’’ signifiant ‘‘l’habitation et l’art de bâtir’’ traduit du Sanskrit et où il énonce clairement l’approche et le dévouement de Doshi envers l’architecture. En 1962, il invite Louis Kahn en Inde pour imaginer l’Institut Indien de Management (IIM).

L’influence de ces deux mentors a façonné l’expression plastique de Doshi qui se remarque notamment dans les formes et l’application du béton parmi ses premiers projets. Il a su adapter et harmoniser cette référence de l’ouest avec le contexte, l’histoire et la culture sociale et religieuse de son pays natal.

L’inde, avec ses traditions et ses particularités géographiques, démographiques et culturelles ont vite donné sens à l’approche architecturale de Doshi. ‘‘Doshi est extrêmement conscient du contexte dans lequel ses bâtiments sont situés. Ses solutions prennent en compte les dimensions sociales, environnementales et économiques, et son architecture s’intéresse donc totalement au développement durable. ” a observé le jury pendant la cérémonie de remise du prix.
Un des travaux marquant de son parcours est l’institut Indien de Management à Bangalore inspiré des temples et des villes-labyrinthe indiennes. Le climat dans le contexte ou l’institut a été construit n’étant pas si extrême comparé à d’autres parties en Inde, le niveau d’humidité a aidé les plantes à pousser continuellement et il a ainsi pu créer un bâtiment mélangeant des galeries et des cours, avec un rapport particulier entre maçonnerie et espaces verts, un monde dans lequel on traverse aisément espaces intérieurs et extérieurs.

Sangath – Studio Personnelle, Ahmedabad, Inde

Une autre de ces réalisations marquantes reste « Sangath », sa propre habitation. ‘‘C’est un milieu où on apprend, désapprend et réapprend, devenu un temple de culture et d’art, où est mis profondément l’accent sur la recherche, la communauté et à la durabilité.’’Sangath, en gujarati, (langue natale de sa mère) veut dire ‘‘ s’installer ensemble’’, et fait miroir aux principes et idées de Doshi qu’il appliquera dans tous ses projets à venir.
C’est un projet qui incorpore espaces extérieurs, amphithéâtre à air libre, voûtes en béton, mosaïques en porcelaine (faisant référence à la galerie Amdavad Ni Gufa à Ahmedabad, 1994) pour créer une vie en communauté satisfaisante et faire face à la chaleur indienne très présente.

Sangath – Studio Personnelle, Ahmedabad, Inde

En dehors de ses bâtiments publics qui révèlent une grande responsabilité à travers son architecture pour rendre service à son pays et ses habitants, Balkrishna Doshi s’est aussi intéressé au logement privé. Avec une population relativement pauvre, l’Inde fait face à des grands problèmes liés au logement. Au cours de l’un de ses premiers projets de logements réalisé en 1954, Doshi se consacre à proposer des logements de qualité pour la « classe basse » de la population, devenant l’un de ses objectifs.
Il construit ensuite l’ensemble de logements ‘‘Life Insurance Corporation’’ à Ahmedabad en 1973 et des logements à bas prix sous le nom ‘‘ Aranya Low Cost Housing’’ à Indore en 1989.
Il acquiert ainsi rapidement une réputation pour son architecture qualitative consacrée aux classes « moyennes » et « basses » de la population indienne.

Projet Aranya – Façade, Dessin, Ahmadabad, Inde

Aranya Low Cost Housing

Considérant la continuité des valeurs fondamentales de la société comme la base d’un bon habitat, l’un des principes idéologiques d’Aranya était ‘‘de créer une communauté équitable et harmonieuse avec un niveau satisfaisant de qualité et d’opportunité pour tous’’.

Aranya, par une approche innovante, a pu créer un environnement holistique agréable socialement, culturellement et économiquement pour la vie pauvre urbaine : il s’agit d’un site à la forme rectiligne qui s’étend sur 86 hectares et pouvant accueillir 6 500 familles et 80 000 individus.
L’ensemble est imaginé comme une agglomération de six quartiers indépendants, dont la forme et l’organisation contient tous les établissements nécessaires pour soutenir la vie urbaine en communauté, comme des écoles, centres médicaux, etc.
Différents équipements, notamment de loisirs, sont par ailleurs disposés dans la partie centrale de l’ensemble, afin d’être le plus fonctionnels possible et de pouvoir disposer d’un accès équitable depuis les différents quartiers. En parallèle, les boutiques et autres équipements nécessaires aux quartiers sont implantés à plus grande distance de marche, diffusés dans la partie publique et couplés avec des places publiques pour assurer une juste juxtaposition des activités tout au long de la journée. Les espaces publics sont reliés entre eux afin de créer un réseau piéton connectant tout l’ensemble.
La disposition aléatoire et non rectiligne des rues ainsi que leurs différences de largeur dans différentes sections permettent de proposer aux habitants une variété d’activités spontanées possibles. Les grands commerces sont positionnés dans les rues les plus grandes tandis que les petites boutiques sont diffusés dans les petites ruelles de l’ensemble.

Aranya, Ahmadabad, Ind

Chaque logement a son propre territoire permettant l’interaction sociale et supporte la vie en communauté. Faisant référence aux villes traditionnelles historiques du pays, les logements sont groupés de manière à créer de petits espaces partagés sous la forme de petites ruelles et de culs de sac. Différents choix de forme et d’organisation, comme par exemple l’orientation nord-sud et de petites rues étroites ont cependant minimisé les apports solaires nécessaires sur le projet.

Le logement en masse apporte un défi sur la question d’identité et l’appropriation de chez soi, où la flexibilité devient un point difficile du design. Aranya est conçu comme un lieu de ‘‘ sites et services’’ (voir référence) où les besoins basiques (l’électricité, l’eau, système d’égouts) sont fournis avec des logements construits au minimum comme un kit contenant la partie technique et une chambre pour après s’agrandir éventuellement.
Une variété d’entrées, balcons, terrasses, escaliers, modules de pièces, en respectant les bases foncières, permet à chaque maison de revêtir un caractère unique qui enrichit non seulement les façades de la rue mais aussi s’ajuste aux besoins et moyens des habitants. Ce principe aide à l’appropriation, partie essentielle pour un développement sain de la communauté et sa pérennité dans le temps.

Au travers de ses nombreuses réalisations, le riche parcours de Balkrishna Doshi, nous donne à explorer les relations entre les besoins fondamentaux de l’homme, sa vie en communauté et sa vie personnelle ainsi que la compréhension de la tradition dans un contexte donné.

  • Bibliographie
http://www.britannica.com/biography/Balkrishna-Doshihttp://www.architectmagazine.com/project-gallery/aranya-low-cost-housing_ohttp://www.akdn.org/architecture/project/aranya-community-housinghttp://www.pritzkerprize.com/laureates/balkrishna-doshi
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